Des plantes pour décontaminer l’air intérieur ?

Des plantes pour décontaminer l’air intérieur ?

27/06/2019


Régulièrement des articles dans la presse ou sur internet vantent les vertus de la dépollution de l’air intérieur par les plantes.

Avec la prise de conscience du grand public que la qualité de l’air intérieur est un sujet essentiel de santé publique, de nombreuses offres commerciales trompeuses se sont engouffrées dans la brèche et proposent des dizaines de plantes qu’il suffirait de faire pousser dans votre maison pour dépolluer efficacement votre air intérieur.

La plupart s’appuient sur une étude réalisée dans les années 1980 pour le compte de la NASA, ce qui semble constituer une belle garantie sur les effets bénéfiques des plantes sur la qualité de l’air intérieur.

Peut-on réellement se fier aux discours des vendeurs ou s’agit-il d’une stratégie marketing et commerciale pour vous faire acheter des plantes ?


Comment les plantes peuvent-elles dépolluer l’environnement intérieur ?


Les plantes disposent de plusieurs moyens d'absorber et de capturer des polluants : Au niveau aérien par leurs feuilles (de petits trous appelés stomates laissent pénétrer les gaz) ainsi qu’au travers de leur couche protectrice (cuticule) qui peut absorber les dépôts. Dans la terre, c’est par les racines que les polluants vont être absorbés.

Les plantes semblent donc de bons candidats pour absorber les pollutions ambiantes et assainir l’air intérieur.


Quelles sont les preuves scientifiques de l’effet dépolluant des plantes?


L’étude réalisée par la NASA portait sur des conditions bien spécifiques et pour répondre à une problématique de qualité de l’air dans une station spatiale. L’étude a été réalisée sur une courte période, des doses de polluants très fortes et un environnement simulant celui d’une station orbitale.

 


"L’étude de la NASA a été réalisées dans un environnement intérieur proche de celui d’une station spatiale "

 

Des études plus récentes ont été réalisées dans des conditions plus proches de celle de l’air intérieur d’une maison, d’un appartement ou d’un bureau. Celle produite par l’Agence De l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie (ADEME) présente les résultats les plus contrastés et les plus intéressants.

En 2004, l’ADEME a financé et dirigé le programme Phytair sur le sujet. Pendant plusieurs années, des mesures de l’efficacité d’amélioration de la qualité de l’air intérieur ont été réalisées avec différentes plantes dans des conditions aussi proches de la réalité que possible en simulant la qualité de l’air intérieur d’un logement ou d’un bureau et non celles d’un vaisseau spatial.

Trois plantes très courantes dans les logements et non allergisantes par voie respiratoire ont été retenues pour l’étude : le dragonnier, le pothos et la plante araignée.


Il a notamment été évalué leur capacité à absorber le monoxyde de carbone, le benzène et le formaldéhyde. Ces polluants de l’air intérieur sont classés hautement prioritaires par les autorités de santé et très souvent mesurés dans les campagnes scientifiques d’étude de la qualité de l’air intérieur.

  • Le benzène (C6H6, CAS 71-43-2), reconnu comme cancérigène avéré pour l’Homme par l’OMS, peut entrainer des mutations génétiques et des troubles sanguins avec notamment des leucémies.
  • Le formaldéhyde (H2CO, CAS 50-00-0), également classé cancérigène avéré pour l’Homme, peut provoquer des pathologies respiratoires chroniques (irritation des voies respiratoires et asthme).
  • Le monoxyde de carbone (CO, CAS 630-08-0) est un gaz inodore et incolore et une concentration trop élevée dans l’air peut entrainer la mort par asphyxie (intoxication domestiques fréquentes).

La première phase du programme Phytair a été réalisée dans des aquariums de différentes tailles dont la composition de l’atmosphère est imposée et contrôlée. Dans ces conditions, les plantes démontrent un certain potentiel à purifier l’air intérieur. Les résultats obtenus montrent que les végétaux ont absorbé de 80 à 100% du monoxyde de carbone, de 16 à 83% du benzène et de 70 à 100% du formaldéhyde.

Il serait donc tentant d’extrapoler ces résultats pour vendre des plantes sous la dénomination « plantes dépolluantes ». Cependant, ces résultats ont été obtenus dans les conditions confinées qui ne correspondent pas à celles d’un habitat humain.


La seconde phase du programme a été réalisée dans une maison test, reproduisant un l’environnement intérieur d’un logement et aussi proche de la réalité que possible. A cette échelle les résultats sont moins spectaculaires : la teneur du CO est la même avec ou sans les plantes et les plantes semblent n’avoir aucun impact significatif sur l’élimination du benzène et du formaldéhyde. Les scientifiques en arrivent à la conclusion que pour que l’action des plantes sur ces gaz soit significative dans des conditions réels il faudrait en installer dans chaque pièce des dizaines, voire des centaines de plantes … ce qui n’est pas réaliste.

 


"Les plantes ne permettent pas de dépolluer efficacement l’air intérieur"

 

En conclusion, dans l’état actuel des connaissances scientifiques, même si les capacités d’absorption du benzène, du formaldéhyde et du monoxyde de carbone, sont bien réelles, elles ne sont pas suffisantes pour épurer et dépolluer l’air intérieur d’un appartement, d’une maison ou d’un bureau. Pour l’ADEME : « l’argument plantes dépolluantes est à ce jour prématuré et peut être trompeur pour le public ».

 




 

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