L’isolation peut-elle nuire à la Qualité de l’Air Intérieur ?

L’isolation peut-elle nuire à la Qualité de l’Air Intérieur ?

14/02/2020


La crise énergétique et la préoccupation du réchauffement climatique ont amené à prendre des mesures draconiennes pour économiser l’énergie dans les habitations en améliorant leur isolation.


Quel est l’impact de cette isolation sur la qualité de l’air intérieur ?

Dans le cadre du projet « Mesqualair », des chercheurs de la Haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg, de l’Institut universitaire romand de santé au travail, Lausanne, et de la société TOXpro SA de Genève, ont tenté de répondre à cette question.

L’air intérieur de 650 maisons neuves ou rénovées, (dont des habitations bénéficiant du label suisse « Minergie ») a été contrôlé lors de trois campagnes de mesure.

Des paramètres de base de la QAI ont été analysés, à savoir les composés organiques volatils (COV), le Radon et les moisissures.


Comment les mesures de qualité de l’air intérieur ont-elles été réalisées ?

La mesure fiable et précise de la pollution de l’air intérieur exige des analyses réalisées par un laboratoire spécialisé. Seule ce type de mesure permet évaluer la contamination d’un bâtiment :

- Les Composés Organiques Volatils (COV) sont prélevés avec un capteur passif installé pendant une semaine dans la chambre à coucher principale, pour être ensuite analysé en laboratoire afin de qualifier et quantifier les molécules gazeuses présentes dans l’air.

- La teneur éventuelle en radon est mesurée par un dosimètre exposé pendant 3 mois dans la pièce de vie.

- Enfin les moisissures sont prélevées par un capteur électrostatique, par une lingette ou par un ruban adhésif pour être ensuite analysés en laboratoire pour l’identification des souches de moisissures.


Quelle est la qualité de l’air intérieur dans les logements étudiés ?

Parmi les polluants identifiés dans les habitations, plus 70 COV différents ont été détectés et identifiés. Les polluants classiques de l’air intérieur comme le toluène, le formaldéhyde et l’hexaldéhyde sont retrouvés dans tous les logements.

L’étude montre qu’une pollution accrue est observé lorsqu’un garage attenant à l’habitation est présent.

Les problèmes de moisissures concernent surtout les maisons rénovées.  Il est noté que la difficulté d’identifier les moisissures cachées peut nuire à la santé des habitant ainsi qu’à une détérioration du bâti.

Seul 10% des maisons présentent des taux de radon dépassant la valeur de référence (300 Bq/m3) ont été répertoriées, avec une récurrence plus élevée dans les bâtiments rénovés.


Quelles sont est les conséquences d’une bonne isolation sur la qualité de l’air intérieur ?

Comme on pouvait s’y attendre l’isolation peut poser problème pour la QAI. En effet l’amélioration de l’isolation conduit généralement à une diminution du taux de renouvellement de l’air intérieur et l’accumulation des polluants.

Les résultats montrent clairement une augmentation de la pollution biologique avec la présence plus fréquente de champignons microscopiques (moisissures), un élément déterminant dans le déclenchement de maladies respiratoires.

Pour la pollution chimique, même si les taux restent souvent en dessous des valeurs de référence, les Composés Organiques Volatils sont toujours présents, en particulier dans les maisons rénovées. Ces polluants provoquent des irritations des voies respiratoires et aggravent les pathologies pulmonaires.

La présence de radon (deuxième cause de cancer du poumon après le tabac) augmente également avec le manque de ventilation de beaucoup de maisons bien isolées.

Il est désormais évident que la rénovation énergétique ou la conception d’un logement performant en énergie doit intégrer la qualité de l’air intérieur comme paramètre de confort et de qualité de vie.


Tester la qualité de l’air intérieur de son logement après des travaux d’isolation ?

Une évaluation de la qualité est donc indispensable pour les habitations neuves ou rénovées afin de s’assurer que les investissements d’isolation ne présentent pas d’effet négatif sur la santé et finalement qu’ils coutent davantage qu’ils ne rapportent.
 

Les efforts liés à une bonne conception du bâtiment sont payants, puisque les bâtiments bénéficiant du label « Minergie » et respectant des normes de construction plus strictes présentent des taux de contamination inférieurs pour les 3 types de polluants étudiés (COV, Moisissure et Radon).

Partant du principe que l’air intérieur est en général plus pollué que l’air extérieur, il est donc recommandé d’être vigilant.

Des contrôles d’air intérieur pourront mettre en évidence une déficience en aération, à laquelle il faudra palier par une meilleure ventilation, mécanique ou par une bonne gestion des ouvrants.

Les bons gestes consistent également à gérer correctement les produits de nettoyage, de bricolage, les cosmétiques, les parfums d’ambiance, en limitant leur utilisation et en les plaçant dans des zones bien ventilées. Une isolation du garage ou de la cave peut également être recommandée.

 


SOURCE:

https://building-innovation.ch/project/mesqualair/