La pollution du travail que l’on ramène à la maison

La pollution du travail que l’on ramène à la maison

28/03/2020


L’exposition à des agents chimiques sur le lieu de travail est une réalité pour nombre de professionnels. Ce que l’on ignore, c’est que ces produits peuvent être ramenés au domicile et contaminer toute la famille.

Une étude menée par deux équipes Américaines, publiée en 2020 dans la revue “Annals of Work Exposures and Health”, met en lumière un fait connu des hygiénistes, des spécialistes en qualité de l’air intérieur et des experts en qualité de l’air des lieux de travail mais qu’ignore l’immense majorité des employeurs comme des employés.
Il s’agit de l’importance de la contamination des habitations par des substances toxiques ramenées depuis les lieux de travail sur les vêtements ou les chaussures des professionnels.


Qui est concerné par la pollution au travail ?


Pour se rassurer, on pense souvent que cela ne concerne que des métiers où l’on utilise des produits connus pour être particulièrement dangereux comme les pesticides, les métaux lourds ou l’amiante.

C’est effectivement le cas mais la plupart des personnes manipulant ces produits, conscientes du danger, appliquent des procédures strictes pour éviter au maximum leur exposition et se protègent avec des équipements adaptés : lunettes, masques, gants, tenues jetables, charlottes, douches après utilisation des produits, séparation des vêtements de ville et des tenues de travail dans les vestiaires.

Malheureusement, de nombreux professionnels utilisent quotidiennement des produits chimiques et s’exposent parfois sans le savoir à des substances dangereuses pour la santé comme des solvants ou des poudres. Le seul port d’une blouse ne protège pas les vêtements d’une contamination.

Peintres, imprimeurs, agents de surface, gardiens d’immeubles, personnels des sites d’entreposage et de recyclage des déchets, de fabrication de matériel électroniques, de produits de nettoyage, de produits manufacturés (mousses, traitement du bois, plastique), pompiers et décontamineurs d’incendies, experts d’assurance, personnels navigants, ramoneurs, agriculteurs, employés de raffineries et d’industries pétrolières ...

Une liste évidemment non exhaustive, mais qui donne un aperçu de la variété des métiers exposés car toutes ces activités sont en contact avec des produits toxiques et malgré les précautions ces substances peuvent trouver leur chemin jusqu’au domicile.


Être conscient du danger c’est limiter les risques ?


La responsabilité de l’employeur est de mettre en place une politique responsable de protection des salariés et de veiller au respect de ces mesures, dans le cas contraire sa responsabilité pénale peut être engagée.

Mais c’est aussi et peut être en premier lieu au travailleur d’appliquer scrupuleusement les consignes. Alors, si un certain « laissez aller » s’installe autours du sujet dans l’entreprise, si les consignes de protection sont prises à la légère, si on n’utilise pas de gants ou de masques car on n’a pas le temps, parce que l’on est un « dur » ou bien parce qu’on n’en a pas … C’est non seulement sa santé qui est affectée mais aussi celle de sa famille.

Evidemment, il est difficile de se montrer vigilant contre un danger qui n’est pas immédiat et de plus invisible ou inodore. Jusqu’au jour où…

Car même si les quantités sont faibles pour nombre de ces produits avec le temps et l’accumulation il va en résulter une exposition chronique qui peut affecter la santé de tous et en particulier celle des plus jeunes. C’est le cas des substances comme les perturbateurs endocriniens qui n’ont pas d’effets immédiats mais des effets à moyen et long terme.

Voici un exemple tiré de l’étude : Il s’agit d’une personne qui travaillait dans une entreprise de recyclage de matériel électronique. Sans le savoir cette personne était exposée, sans protection particulière, à une pollution au plomb.

Comme il s’agissait d’un adulte, que le travail n’a duré qu’un an et que les doses étaient très faibles il n’y a pas eu d’effets décelables sur sa santé.

Hélas, quelques années plus tard, les particules de plomb ramenées au domicile ont suffi pour intoxiquer ses enfants qui ont développé des troubles du comportement, du développement et de l'apprentissage typiques du saturnisme (intoxication au plomb).


Comment éviter la diffusion de la pollution au travail vers son domicile ?


Le plus important est d’identifier les produits chimiques auxquels on est exposé lors de son activité professionnelle. Pour se faire, il faut consulter les fiches de données sécurité (FDS) de chaque produit utilisé. Ces fiches sont disponibles facilement et un expert de la qualité de l’air des lieux de travail peut vous aider à faire ce bilan. En France, ces informations sont disponibles dans le document unique, obligatoire dans chaque entreprise.
Si on a accès à ces informations on peut cibler facilement les produits à rechercher en priorité dans l’air intérieur de son domicile.

Hélas, ne pas savoir que l’on est exposé, dans des activités où l’on ne soupçonne même pas la présence de polluants, est le lot quotidien de nombre de travailleurs.

Pour savoir si l’on est touché, il est recommandé de réaliser des tests pour rechercher les polluants présents dans son habitation et/ou son lieu de travail. Ces tests avec analyses en laboratoire sont nécessaires pour mesurer la pollution par les substances présentent dans l’environnement quotidien et rapportées du travail. Ils permettent notamment d’identifier les substances préoccupantes et de savoir si le niveau de pollution présente un risque pour la santé.

C’est une démarche à engager au moins pour préserver la santé d'enfants à naitre ou des plus jeunes, pour éviter ou identifier au plus vite des conséquences sanitaires graves : saturnisme, perturbateurs endocriniens, effets cancérogènes, allergies et asthme...