Exposition des riverains aux pesticides agricoles : le Prosulfocarbe

21/04/2021


Avec le retour des beaux jours, les traitements avec des produits phytosanitaires se multiplient pour préserver les cultures contre les espèces indésirables et augmenter les performances agricoles.

Ces herbicides, fongicides et insecticides sont appliqués par pulvérisation. Avec ce mode d’application une grande partie des produits se dispersent dans l’environnement et exposent les riverains à un cocktail de substances toxiques.

En France, pour protéger les riverains des zones de non traitement (ZNT) ont été mise en place. Les distances minimales d’épandage sont comprises entre 5 et 20 mètres en fonction des produits utilisés et des cultures traitées.

 


Ces distances sont-elles suffisante pour protéger les riverains des dérives de pesticides ?

L’étude EXPORIP (Exposition des Riverains aux Pesticides agricoles) mise en place par Générations Futures et YOOTEST vise à mesurer les résidus de pesticides déposés sur des vitres.
Ce projet de science participative permettra d’obtenir des données scientifiques sur l’efficacité des ZNT et les niveaux de pollution mesurés en fonction de la distance à la zone d’épandage des pesticides.


« Faut-il augmenter les distances minimum d’épandage pour mieux protéger les riverains ? »

Parmi les pesticides recherchés dans l’étude EXPORIP, le prosulfocarbe est un principe actif herbicide très utilisé avec 3 947 tonnes vendues officiellement en 2019 selon la BNVD (Banque Nationale de Ventes de produits phytosanitaires par les Distributeurs agrées).

Entre 2009 et 2017, les quantités de prosulfocarbe sont passées de 863 tonnes à 4458 tonnes.

En 2014, au sein des grandes cultures, c’est la pomme de terre qui a utilisé la plus grande quantité de prosulfocarbe (59% des quantités vendues).

 


« Le prosulfocarbe est l’un des herbicides les plus utilisés en agriculture »

Le prosulfocarbe (CAS 52888-80-9) est une substance active herbicide de la famille des dithiocarbamates bénéficiant d’une autorisation de mise sur la marché en Europe pour des préparations n’excédant pas 970 g/kg notamment sous les dénominations :

  • FIDOX
  • ROXY
  • LINATI
  • DUEL+
  • FIDELE
  • ARCADE
  • SEGA
  • DEFI
  • BOILER
  • FIXY
  • CAZODEF.

Il est principalement utilisé pour les cultures de blé, d’orge, de seigle, de pomme de terre, les PPAMC (Plantes à parfum, aromatiques, médicinales et condimentaires), des arbres et des arbustes, des carottes, des fraisiers, des oignons et du pavot.

 


« La présence de prosulfocarbe dans un logement est liée à son utilisation en agriculture »

Il n’est pas autorisé pour des usages biocides ou vétérinaires. Sa présence dans l’environnement est donc liée uniquement à son utilisation agricole.

Il est très volatil et se disperse facilement dans l’atmosphère. Il a d’ailleurs été très fréquemment mesuré dans l’air des agglomérations par les AASQA à des concentrations significatives toute l’année 2019.

Les AASQA sont mandatées par l’Etat pour réaliser la surveillance de la qualité de l’air ambiant, y compris pour les pesticides, dans les principales villes de France.

Les territoires agricoles ne sont pas étudiés mais des produits phytosanitaires sont retrouvés dans l’air des villes.

Le prosulfocarb a fait l’objet de 1171 points de contrôle de qualité de l’air ambiant et mesuré dans 37,1% des échantillons quel que soit le mois de l’année de janvier à décembre.


« En 2019, plus d’un prélèvement d’air sur 3 contenait du prosulfocarbe »

Les concentrations maximum de prosulfocarbe dans l’air sont  à des concentrations pouvant aller jusque 86,8 ng/m3 d’air dans les Hauts-de France (Commune de West-Cappel en mai, ATMO HAUT-DE-FRANCE), 65,8 et 39,8 ng/m3 en Nouvelle-Aquitaine (Commune de Montroy en octobre et en décembre, ATMO NOUVELLE AQUITAINE).

Considéré comme modérément toxique, sa dose journalière admissible est de 0,005 mg/kg de masse corporelle par jour (équivalent à 0,35 mg/jour pour un adulte de 70 kg).

Selon l’université de Hertfordshire, il se dégrade rapidement dans les sols (demi-vie de 9,8 à 11,9 jours) et se transforme principalement en prosulfocarb-sulfoxide mais il est rapporté comme stable dans l’eau.

Il a été souvent détecté dans les eaux de surface (jusqu’à 9,4% des prélèvements analysés entre 2007 et 2014), très peu détecté dans les eaux souterraines (dans moins de 1% des prélèvements réalisés entre 2007 et 2014) et quasi jamais détecté dans les eaux destinées à la consommation humaine.

Peu de données toxicologiques sont disponibles sur cet herbicide pourtant très utilisé. Selon l’ECHA, comme de nombreux autres pesticides, il est nocif pour l’environnement aquatique et nuit gravement à la biodiversité des zones humides sur lesquelles il se dépose. Il est reconnu pour ses effets sensibilisant pour la peau.
 


Campagne Générations Futures / YOOTEST

EXPORIP: 1ère campagne nationale d’étude de la dérive des pesticides agricoles. Test réalisé en laboratoire.
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