EXPORIP 2021 : Résultats de la première campagne participative sur la dérive des pesticides agricoles chez les riverains

25/11/2021


Première expérimentation de science participative, l’étude EXPORIP, à l’initiative de l’association Générations Futures et de YOOTEST, livre aujourd’hui les premiers résultats sur la dérive des pesticides et le niveau de contamination en fonction de la distance. Avec une distance minimum de traitement de 5 à 20 m, la règlementation actuelle permet-elle de limiter efficacement l’exposition des riverains ? Répondre à cette question est l’objectif d’EXPORIP.

Il est aujourd’hui largement reconnu que les habitants des communes rurales sont particulièrement exposés aux épandages massifs de produits dits "phytosanitaires". Rappelons que selon la FAO, plus de 86000 tonnes de pesticides ont  été utilisés en 2018. A l’opposé des objectifs de réduction des quantités utilisés des plans ECOPHYTO I et II, les quantités appliquées augmentent chaque année !

Les conclusions du rapport d’expertise collective de l’INSERM publié en 2021 soulignent que l’impact des épandages agricoles de pesticides sur la population est largement méconnu, notamment en raison du manque d’étude et de données.  Même si, à ce jour, il n’existe pas de lien établi entre les risques pour la santé des riverains et l’exposition aux pesticides agricoles, de forte suspicions demeurent. Notamment avec la question des cancers pédiatriques dans les départements les plus

Dans ce contexte, il est urgent d’en savoir plus sur les niveaux de pollutions observés aux abords des parcelles agricoles traitées avec des pesticides. Les niveaux de pollution ont été évalués en mesurant les résidus de 30 principes actifs de produits phytopharmaceutiques autorisés sur les poussières déposées sur des surfaces vitrées. Les prélèvements ont été réalisés par les participants eux-mêmes en utilisant une lingette pour collecter les dépôts sur la vitre. Ils ont ensuite complété un questionnaire et envoyé les prélèvements au laboratoire.

Les pesticides ont été sélectionnés les listes des substances autorisées (E-Phy, ANSES), les quantités utilisés en 2019 et en excluant les substances autorisées pour des usages biocides.


Les échantillons de 58 participants ont été analysés. Le nombre d’échantillon n’est pas suffisant pour réaliser des interprétations statistiques fines des résultats. Toutefois, le nombre de donnée est suffisant pour identifier des tendances concernant la présence de résidus de pesticides sur les terrains riverains des cultures.

Quels sont les niveaux de pollution par les pesticides en France ?

Des résidus de pesticides sont présents dans une proportion élevée des échantillons. Ainsi, près de 80% des échantillons présentent au moins un résidu de pesticide.


« Des pesticides agricoles sont retrouvés dans 80% des fenêtres testées »

Sur les 30 pesticides recherchés, 15 n’ont jamais été détecté. Les résultats montrent que certains pesticides sont plus fréquemment détectés comme le métolachlor, un herbicide, l’ametoctradine et le fluopyram, des fongicides qui sont présent dans 38 à 43% des échantillons. Ce sont les pesticides les plus fréquents de la liste de l’étude EXPORIP.

 


« Un échantillon sur deux contient plus de 2 pesticides et une quantité supérieure à 177 ng/m2 »

Jusqu’à 8 résidus de substances phytosanitaires ont été mesurés dans un même échantillon et en moyenne 2,4 pesticides sont présents par échantillon. Un échantillon présentait une quantité impressionnante de plus  120 000 ng/m2 d’ametoctradine, un fongicide utilisé couramment en viticulture pour traiter l’oïdium, mais également sur les cultures maraichères et les pommes de terre.

Quelles sont les différences observées entre les grandes cultures et la vigne ?

En raison des pratiques agricoles, le type de culture a une influence importante sur la pollution observée. Ainsi, les résidus de fongicides sont plus fréquents à proximité des vignes et les herbicides à proximité des grandes cultures.

 


« Les riverains de vignes sont exposés à plus de substances et à des quantités plus élevées que les riverains de grande culture »

Le nombre de principes actifs phytosanitaire est plus élevé à proximité des vignes avec 4,2 pesticides en moyenne que des grandes cultures avec une moyenne de 1,5. La quantité médiane de pesticide mesurée sur la vitre est également plus élevée à proximité des vignes (489 ng/m2) par rapport aux grandes cultures (106 ng/m2).

Quelles sont les distances de non-traitement permettant réduire l’exposition des riverains ?

Les résultats les plus intéressants de l’étude EXPORIP concernent l’effet de la distance entre la fenêtre et la première culture. En toute logique, une tendance à la diminution du nombre et de la quantité de pesticides avec l’augmentation de la distance est observée.

 


« 73% des échantillons sans pesticides étaient situés à plus de 100 m de la première culture »

Toute culture confondue, la diminution est plus marquée à partir de 100 m de distance. Entre une distance de moins de 20 m et une distance de plus de 100m :

  • La fréquence de détection chute de 95% à 50%
  • Le nombre moyen de pesticide diminue de 3,1 à 1,2
  • La quantité de pesticide dans 1 échantillon sur 2 décroit de 263 ng/m2 à un niveau détectable mais non quantifiable avec précision

Cependant des résidus de pesticides ont été détectés jusqu’à 1500 m des cultures. En conséquence, une distance de 100 m semble permettre de diminuer l’exposition des riverains mais ne permet pas d’exclure totalement une exposition aux pesticides.

 

L’engagement des participants sur toute la France a permis en quelques mois de mener une étude scientifique sans précédent sur la mesure des résidus de pesticides agricoles et de disposer d’une série de données uniques. Les statistiques descriptives obtenues rendent aujourd’hui possible le positionnement d’un résultat  par rapport à la situation générale.


La participation à la campagne 2021 était la preuve de l’intérêt des citoyens de contribuer à obtenir des réponses scientifiques à une problématique de santé publique délicate. Avec un budget de moins de 10 000€ et une belle mobilisation citoyenne, l’étude EXPORIP apporte des informations fiables et contribue à une meilleure connaissance du niveau d’exposition des riverains aux résidus de pesticides.

Les tendances observées en  2021 seront comparées avec les résultats de la campagne EXPORIP qui sera réalisée en 2022. L’augmentation du nombre de données permettra notamment de réaliser des interprétations plus fines comme des études statistiques multi-variables avec les réponses aux questionnaires.


Les données présentées dans le rapport sont publiques et peuvent être utilisés librement en mentionnant la référence « Etude EXPORIP 2021 – YOOTEST – Générations Futures » et avec un lien vers le rapport de synthèse.


Campagne Générations Futures/YOOTEST

1ère campagne nationale d’étude de la dérive des pesticides agricoles. Test réalisé en laboratoire. Commander votre Kit